Ashita no Joe

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Ashita no Joe

Message par Mawaru le Sam 5 Sep - 3:47



Titre Original: Ashita no Joe
Auteur: Asao Takamori.
Dessinateur: Tetsuya Chiba
Editeur:Glénat
Prépublication:Weekly Shōnen Magazine
Genre: Sport_Tragédie_Drame_Tranche-de-vie
Année de sortie: 1968 (manga)_ 1970 (premier animé)_1980 (second animé)
Nombre de tomes: 13 -368 pages- (Glénat)_20 (version classique des tomes)
Nombre d'épisodes: 79 (1970)_ 47 (1980)_2 Films (1980_1981)

Synopsis:Joe Yabuki, 15 ans, est un jeune orphelin roublard et bagarreur. Arrivant dans un bidonville, ses talents au combat attirent l'intérêt de Tange Danpei, ancien boxeur alcoolique qui décide de l'entraîner pour en faire un boxeur exceptionnel. Seulement, Joe Yabuki n'est pas trop intéressé par cette idée, et a des problèmes avec les autorités.


Je précise que la critique ne concernera que le manga, étant le seul support que j'ai testé et que les informations sur l'animé ne sont qu'à titre indicatif.


Ashita no Joe est un manga qui à son époque a beaucoup fait parler de lui notamment à travers des manifestations ayant comme étendard Joe Yabuki -le protagoniste- ou bien le fameux détournement d'avion par l'Armée Rouge dans lequel les criminels auraient dit "Nous sommes Ashita no Joe" aux médias...
Il est pas là pour faire joli... :
Ou bien les fameuses funérailles des fans pour un des personnages...
En bref, un manga qui a marqué son époque mais pas que. En effet, il n'est pas rare de voir des références où des clins d'oeil à Ashita no Joe, et je ne parle pas que des parodies comme a pu le faire Gintama. Cela peut se remarquer dans 20th Century Boys de Naoki Urasawa, ou encore JoJo Bizarre Adventure Diamond Is Unbreakable de Hirohiko Araki ou bien Gurren Lagann et ce n'est évidemment pas les seuls. Ainsi le manga a à la fois marqué son époque que le domaine du manga entier. Et il m'a tout autant marqué par son excellence. Ce manga, c'est une légende à lui seul !

Si les scénarios se basant sur le sport ont tendance à se ressembler les uns les autres avec bien sûr une qualité variable, Ashita no Joe se démarque de la plupart des titres, s'axant sur deux côtés. Un côté action, principalement marqué par les combats de boxe et un côté plus dramatique à la fois marqué par les combats et le protagoniste de Joe Yabuki. Comme vous l'aurez sans doute compris si vous êtes un/e habitué/e des deux genres -sport et drame-, le récit est fourni d'intensité ! Les matchs sont autant prenants sur leur forme (le combat lui-même) que leur fond (d'où ils arrivent et ce qu'il vont amener). Ils sont prenants, entraînants, assez violents et surtout plutôt réalistes. Bien sûr, il y a quelques abus tels qu'un Joe Yabuki qui a une résistance hors du commun mais le tout sait rester dans un cadre plutôt réaliste et... Qu'est-ce que ça fait du bien ! Pas de super-pouvoirs comme un Kuroko no Basket, pas de côté assez fantaisiste comme un Eyeshield 21, juste du sport, du vrai où ça se donne des pains dans la tronche. Ca saigne, ça s'ecchymose et ça sait être globalement intense ! Et surtout, c'est des matchs matures ! Pas de force de l'amitié, pas de dépassement de soi sous fond d'efforts idéalistes, pas de victoires sorties de n'importe où grâce à une grande volonté. Juste une approche "professionnelle" et réaliste du sport avec ses hauts et ses bas. Pourtant les matchs savent étonner notamment par des conclusions des plus surprenantes pour certains !

Mais si il n'y a pas vraiment de pseudo-suspens (car bon, quand on connaît les poncifs du genre le récit est souvent prévisible...) ou de suspens dans le combat en lui-même, ce qui donne purement l'intérêt des matchs, du moins qui m'a donné de l'intérêt, c'est vraiment le fond dramatique ! Et sur ce point, Ashita no Joe, c'est le meilleur. Dans beaucoup d'oeuvre se basant sur le sport,  du moins celles fonctionnant le plus, on suit souvent une bande de lycéen et leur club. Et il y aura pas mal de fois un petit fond pseudo-dramatique marqué par une défaite du club (trop triste. Sad), ou bien le background d'un personnage en particulier qui servira au final plus de pseudo-développement complètement dispensable, tant il est au final assez inutile avec aussi, souvent le "c'est leur dernière année"... Mais ça, c'est du ridicule à côté du service royal que sert Ashita no Joe ! Ashita no Joe se la joue grand art et sert un des meilleurs récits dramatiques que j'ai pu voir ou lire. Il se place facilement aux côtés des maîtres du genre tels que Rainbow ou Real ! Car Joe Yabuki a un moment ne boxe plus vraiment par plaisir mais par devoir. Devoir de mémoire pour tout ceux qu'il a pu battre, ou stoppé la carrière. Un devoir qui lui pèse tellement que ça donne au personnage un côté délicieusement tragique. Côté qui se ressent vraiment à la lecture et est une vraie bénédiction tant cela est bien écrit. Pas de l'arrache-larme à base d'exagération de situation comme peut servir pas mal d'oeuvres dites dramatiques (Clannad/After Story, Angel Beats!, AnoHana). Non, là c'est du drame de haute volée. Aussi bien écrit que celui d'un Rainbow ou d'un Real. C'est écrit avec finesse, logique, sans excès et pourtant le drame est on ne peut plus présent, c'est écrit avec contraste et beauté. Les moments les plus marquants sont de la poésie tragique en image. C'est d'une intensité rare ! Les émotions se transmettent toutes seules et avec une force impressionnante ! Je me rappelle encore de "ce moment" qui marque le changement brusque au niveau du personnage et du récit qui m'a foutu tellement de frisons que beaucoup de moments dits "épiques" de beaucoup d'oeuvres peuvent aller se recoucher et jamais ne se réveiller.

Et ce sentiment dramatique est sans cesse présent dès "ce fameux moment" ! Et cela donne une toute autre dimension aux matchs. L'intensité et la tension est naturellement là et compense sans souci un quelconque pseudo-suspens que beaucoup d'oeuvres se sentent obligées d'utiliser. Je dirai même plus, ça le dépasse ! Je me suis retrouvé naturellement happé et intéressé par les combats, et voir le mal être, les joies ou bien la perte d'un Joe durant ses combats m'a bien plus marqué que pas mal de match d'autres oeuvres sur le sport. De plus, il est bien connu que la boxe est un sport particulièrement dangereux, ce qui rajoute encore en tension, mais pas n'importe comment. Car si on sait que le protagoniste ne mourra pas en plein cours du récit, l'auteur a su mettre en place une épée de Damoclès, une guillotine qui risque de tomber à tout moment: "L'ivresse du boxeur" qui est synonyme de mort dans un tel sport. Et ce fait rajoute encore plus en tension ! Et le tout saura être utilisé avec finesse.

Mais le drame n'est pas que présent dans les matchs mais aussi à l'extérieur des matchs lors de ce petit côté tranche-de-vie notamment à travers un background social où la précarité est reine. Mais c'est surtout le personnage de Joe et sa littérale chute en Enfer qui marque vraiment. Jamais une chute en Enfer aura été aussi marquante a mes yeux ! Car le manga peut se séparer en deux parties. Avant "ce moment" et après "ce moment". Le "avant ce moment" met en scène un Joe Yabuki misérable dans le sens détestable. C'est le genre typique de personnage auquel on a envie de foutre des baffes, aucun respect, aucune discipline, rien ! Mais il va peu à peu s'épanouir en se découvrant une passion, un but, il trouve une raison de vivre ! Et là, il n'est plus le personnage si détestable, non, il brille ! Bien sûr, il garde un côté rebelle, mais cela se fait plus contraster. Il s'épanouit littéralement ! Puis arrive ce moment. Ce moment si intense qui oscille entre folie et chaos et où l'intensité est à son paroxysme ! Il perd tout. Ce qui entraîne l' "après ce moment". Joe Yabuki est perdu, il n'a plus rien. Il est perdu. Il est fichu. Il tombe plus bas que terre, son monde s'écroule peu à peu. Il n'a plus de phare qui le guide. Il n'a plus rien. Il devient misérable au sens pathétique du terme. Il devient un "déchet". Il ne sait plus quoi faire. Et cette phase... est d'une puissance indescriptible ! Pas autant que "ce moment" bien évidemment, ce moment est de toute façon inégalé et inégalable dans l'oeuvre en terme d'intensité mais voir un homme qui partait de rien, qui s'élève au sommet pour finir comme un misérable, c'est juste WOUAH tant c'est bien écrit ! Et ça se remarquera au passage sur les combats. Bien sûr, cela ne va pas durer éternellement et la partie "devoir" de Joe arrive. Et ainsi commence une lente, très lente chute en Enfer où la fin n'a rien de surprenante.

En conclusion, le récit de Ashita no Joe est d'une intensité rare ! Sa bonne action n'est rien face à un côté dramatique écrit avec finesse et excellence où on suit le destin d'un homme, un vrai ! C'est simple Joe Yabuki monte sur le ring pour se détruire lui-même, se consumer doucement, il sait le destin qui l'attend, pourtant il monte sur le ring, cette place sacrée où c'est le seul moment où il se sent vivant ! C'est uniquement ça ! Se détruire soi-même pour se sentir vivant ! Si la conclusion est prévisible et au final peu importante (bien qu'excellente) c'est bien le processus pour y arriver qui importe et est savoureux !

Mais si le récit est aussi merveilleux, c'est notamment grâce à Joe Yabuki, le protagoniste ! Et quel protagoniste ! Une merveille  de simplicité. Ne cherchez pas un personnage de base ultra-complexe et profond, ça sert à rien. Car Joe Yabuki est un personnage tout en simplicité où c'est ce qu'il va devoir affronter qui compte et non ce qu'il est de base. C'est bien un personnage qui se construit au fil du récit, j'irai même plus loin, il fait le récit ! C'est vraiment le récit de sa vie ! Et c'est vraiment le genre de truc top pour les oeuvres dramatiques. Ainsi le personnage change, se transforme, il se transcende ! On assiste à sa métamorphose, on suit le développement. Joe Yabuki qu'on déteste, on finit par l'aimer voire l'adorer si ce n'est l'admirer.  On s'attache au personnage, on veut le suivre, on ressent ce que lui ressent. Lui si immature et misérables dans ses débuts, il devient un homme, un vrai qui se consume sur le feu du ring ! Un homme qui garde toujours un côté rebelle mais où ses responsabilités, sa mémoire nous touche au plus profond de nous ! C'est vraiment une merveille ! C'est un personnage prenant. C'est le personnage dramatique écrit par excellence. Lui qui n'a jamais connu l'amour ou la chaleur de la famille, lui qui n'a connu que la détresse, change devant nous à vu d'oeil pour un changement sublime pour nous mais malheureusement dramatique pour lui. Joe Yabuki c'est un personnage qu'on déteste, qu'on aime, qu'on adore. C'est la nouveauté (son développement) avec l'ancienneté (la construction de base du perso). C'est un personnage contradictoire à la fois si simple voire simpliste et pourtant si complexe et riche... C'est le type de personnage qui personnellement m'émerveille en moins de deux. C'est le type de personnage que j'aime suivre. Pardon d'avance pour l'expression, mais c'est un personnage qui a des couilles ! Un personnage prêt à subir son destin, à provoquer son destin ! Un personnage qui gagne peu à peu notre intérêt, et qui nous le redonne au centuple ! C'est vraiment l'argument principal de l'oeuvre, c'est quasiment l'oeuvre à lui seul tant le récit n'est au final que sa triste vie.

Et c'est pour ça que les autres personnages récurrents n'ont pas la même qualité d'écriture. Ils ont quelques traits de caractères de base assez sympathiques mais rien de bien transcendant et aucun vrai développement digne de ce nom. Du moins individuellement. Car associés à la star, Joe Yabuki, c'est une tout autre histoire. Et de personnages oubliables, ils passent de personnages vraiment intéressants notamment où quelques scènes sont juste sublimes, je pense notamment aux scènes plus intimes vers la fin entre Yoko et Joe qui des petites merveilles. Ou bien le lien si particulier qui se tisse peu à peu entre Tange Danpei, le coach de Joe, et Joe lui-même... Mais bien sûr, il y a exception à la règle, et si un personnage est aussi marquant, c'est bien Toru Rikishi, ennemi juré de Joe qui est juste... WOUAH ! C'est le second personnage le plus marquant tant il a pu être extrême... C'est un personnage tout simplement fascinant où je me suis parfois interrogé sur sa santé mentale... C'est dire...
Restera après quelques ennemis souvent bons mais sans pour autant avoir de réel intérêt, sauf petite exception pour Jose Mendoza et Carlos Rivera qui ont su gagner mon intérêt avec une grande facilité.

Donc côté personnage, si individuellement parlant, seul Joe Yabuki est excellent, le reste n'est pas à négliger tant qu'ils ont un rapport assez direct avec ce dernier notamment les cinq autres personnages.

Et reste enfin la forme... Le manga se faisant daté ne vous attendez pas à des graphismes plutôt modernes. Pourtant je trouve personnellement ça vraiment beau ! A commencer par le dessin. La technique même du dessin est bonne, pas d'erreur de proportion, les corps sont bien dessinés, les visages vraiment expressifs, bref de la bonne qualité. Mais ce qui fait vraiment la force du dessin, c'est son style ! Le style dégage une vraie puissance, un vrai caractère. En clair, il a de la gueule ! Les aplats de noirs et l'encrage puissant donne une vraie présence au dessin, un dynamisme et une puissance ainsi que parfois, un sens du détail et des textures assez étonnant par moment. Ce n'est pas le genre de dessin quelconque qui s'oublie en quelques instants, non. C'est un style de dessin qui marque ! Et un dessin de qualité, ne serait rien sans un découpage de qualité ! Et le découpage est tout simplement parfait. Il est précis, coordonné, met parfaitement en avant une mise en scène de qualité. Les doubles pages sont une merveille et les pages bien plus simples le sont tout autant. Il a vraiment un petit côté cinématographique qui s'en dégage et avec le charme et la présence du dessin ainsi que des effets graphiques tels que les lignes de vitesse et de mouvement ou de centralisation de la scène à l'aide d'aplat de noir, le tout donne une cohésion de grande qualité ! Et j'ose à peine évoquer les graphismes des scènes les plus marquantes qui dégagent une intensité extraordinaire, ou bien les moments plus intimistes seul ou à deux où le ton qu'il soit doux, poétique, romantique ou bien pathétique se dégage vraiment. La mise en scène est quant à elle de qualité, et correspond vraiment au côté cinématographique. Les tons qu'elle instaure à une scène sont toujours maîtrisée, bref du tout bon !

Mais malgré tout, Ashita no Joe a quelques faiblesses telles qu'un début mollasson et assez lent à se mettre en place ou bien le vrai charme (le drame) du récit qui se met en place quelques peu tardivement même si en contrepartie, le changement de Joe est plus développée. De plus le caractère de Joe Yabuki est à double tranchant et la faiblesse individuelle des personnages secondaires peu causer du souci à certains -bien que je n'ai personnellement eu aucun problème-. Quant à la fin, elle peut sembler quelques peu abrupte même si elle est tout simplement géniale.

En conclusion Ashita no Joe est un manga qui brille par l'intensité dramatique de son récit qui est d'une sublime excellence avec ses quelques moments de finesses tout simplement magiques. On est vraiment plongé dans la vie de Joe Yabuki, personnage tout simplement fascinant et excellemment bien écrit. Le tout supporté par un aspect visuel impressionnant mais quelque peu daté, ce qui pourrait déplaire à certains. Par sa qualité d'écriture, son excellence, son intensité, Ashita no Joe est à mes yeux un des trois meilleurs mangas de sport aux côtés des excellents Slam Dunk et Hajime no Ippo. C'est une valeur sûre en ce qui concerne le drame de haute-qualité, pas le truc arrache-larme, et saura sans doute vous marquer !
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Mawaru

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